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7 octobre 2026 · Les Mounas

« Moi, j'ai été corrigé·e et je m'en suis bien sorti·e » : ce que disent les faits, les lois et nos cultures sur les punitions

La chicotte, la ceinture, la règle sur les doigts, le coin. Beaucoup d'entre nous ont grandi avec. Aujourd'hui, nos enfants grandissent dans un monde où les lois, la recherche et les familles ont bougé. Pas pour juger nos parents : pour comprendre, et choisir.

Pourquoi on punit ?

Presque aucun parent ne punit par méchanceté. On punit parce qu'on a peur que l'enfant tourne mal, parce qu'on reproduit ce qu'on a reçu, parce qu'on est épuisé, ou parce qu'on croit sincèrement que ça marche. Dans beaucoup de familles, la fermeté est une preuve d'amour : « je te corrige parce que je tiens à toi ».

La vraie question n'est donc pas « est-ce que mes parents m'aimaient ? ». C'est « est-ce que ça fonctionne ? ».

Ce que disent les faits

En 2016, Elizabeth Gershoff (Université du Texas) et Andrew Grogan-Kaylor (Université du Michigan) ont rassemblé 50 ans de recherche, sur plus de 160 000 enfants. Ils ont étudié la fessée « ordinaire », main ouverte, pas les coups graves. Résultat : elle était liée à 13 des 17 effets mesurés, tous négatifs (agressivité, comportements antisociaux, problèmes de santé mentale). Et elle n'améliorait pas l'obéissance, ni sur le moment ni à long terme.

Une limite honnête : ces études montrent des liens, pas toujours des causes. Mais leur cohérence est remarquable.

Et la peur a un autre effet, vu dans notre article sur l'imagination et le mensonge : dans une école d'Afrique de l'Ouest où l'on frappait chaque jour, 94 % des enfants de 3 et 4 ans ont menti pour cacher une petite bêtise, contre 55 % dans une école voisine sans châtiments. La punition corporelle n'apprend pas à mieux faire. Elle apprend à mieux cacher.

« Mais chez nous, c'est culturel »

C'est vrai, et la recherche l'a mesuré. Jennifer Lansford (Université Duke) et son équipe ont interrogé 336 mères et leurs enfants en Chine, en Inde, en Italie, au Kenya, aux Philippines et en Thaïlande. La correction physique était rare en Thaïlande et la plus fréquente au Kenya.

Leur constat a deux faces. Là où frapper est la norme, les effets négatifs sont un peu moins forts, car l'enfant ne se sent pas seul à le vivre. Mais dans les six pays, sans exception, plus il y avait de correction physique, plus les enfants étaient agressifs et anxieux. La culture adoucit le choc, elle ne l'annule pas.

Le message Mounas : nos cultures sont riches de sagesse éducative. La chicotte n'en est pas le cœur. Le cœur, c'est le village, le respect des aînés, la parole, le conte qui enseigne sans frapper.

Les lois ont changé, partout dans le monde

Année Pays Ce qui a changé
1979 Suède Premier pays au monde à interdire toute punition corporelle, y compris à la maison
2010 Kenya, Tunisie, République du Congo Interdiction totale
2011 Soudan du Sud Interdiction totale
2013 Cap-Vert Interdiction totale
2019 France, Afrique du Sud Interdiction totale. En France, le Code civil précise que l'autorité parentale s'exerce sans violences physiques ou psychologiques
2020 Japon, Guinée, Seychelles Interdiction totale
2021 Corée du Sud, Colombie Interdiction totale
2025 Thaïlande, Suisse, Tchéquie Interdiction totale

Aujourd'hui, 70 pays interdisent toute punition corporelle des enfants, et 25 autres se sont engagés à le faire. Pourtant, seuls 15 % des enfants du monde sont entièrement protégés par la loi.

Et au Canada ? La punition corporelle n'est pas interdite. L'article 43 du Code criminel, en place depuis 1892, permet aux parents d'utiliser une « force raisonnable » pour corriger un enfant. En 2004, la Cour suprême l'a encadré : seulement pour les enfants de 2 à 12 ans, à main nue, jamais à la tête. La Commission de vérité et réconciliation demande son abrogation (appel à l'action n° 6). Deux projets de loi en ce sens (C-273 et S-251) sont morts au feuilleton avec la fin de la législature en 2025.

Le débat reste ouvert. Les partisans de l'abrogation citent la recherche et les droits de l'enfant. Ceux qui veulent garder l'article 43 craignent que des parents ou des enseignants soient poursuivis pour des gestes ordinaires, comme retenir un enfant qui court vers la rue.

Les générations ont changé aussi

Au Québec, l'Institut de la statistique suit la question depuis 1999. La proportion d'enfants ayant subi une violence physique mineure (comme la tape ou la fessée) dans l'année est passée de 48 % en 1999 à 26 % en 2018. L'édition 2024 confirme la baisse, chez les mères comme chez les pères. En une génération, on est passé d'un enfant sur deux à un sur quatre.

Alors, on fait quoi à la place ?

Ne plus frapper ne veut pas dire tout laisser passer. Le cadre reste, c'est l'outil qui change.

  1. La limite claire, dite avant. « Dans cette maison, on ne tape pas. » Une règle courte, connue, répétée.
  2. La conséquence logique, pas la punition. Elle a renversé l'eau ? Elle essuie. Elle a lancé le jouet ? Le jouet se repose. La conséquence a un lien avec le geste.
  3. La réparation. On ne demande pas « tu es désolée ? ». On demande « qu'est-ce qu'on peut faire pour réparer ? ».
  4. Le retour au calme, ensemble. Un coin doux où l'adulte reste à côté, pas un coin d'exclusion. L'enfant emprunte ton calme avant de fabriquer le sien.
  5. Les 4 temps Mounas pour l'émotion : repérer, nommer, situer dans le corps, traverser. La colère qu'on traverse ensemble ne revient pas en coup.
  6. Le droit à l'erreur, pour toi aussi. Si tu cries, tu reviens : « J'ai crié, ce n'était pas juste. On recommence ? » L'enfant apprend la réparation en te voyant la faire.

Et chez toi ?

Qu'est-ce que tu as gardé de l'éducation de tes parents, et qu'est-ce que tu as choisi de changer ? Écris-nous en privé sur WhatsApp : on ne publie rien sans ton accord.

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Sources