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7 octobre 2026 · Les Mounas

Quand la réalité, la créativité et le mensonge s'entrecroisent : ce que nos enfants nous disent vraiment

« Il y a un lion dans ma chambre. » « C'est pas moi, c'est mon ami Zouzou. » « J'ai déjà rangé ! » Trois phrases, trois choses très différentes. Avant de gronder, il faut savoir laquelle on a devant soi.

Trois histoires qui se ressemblent, mais ne sont pas les mêmes

Ce que l'enfant dit Ce que c'est Ce qu'il cherche
« Il y a un lion dans ma chambre. » L'imaginaire : il joue avec le monde Explorer, se faire peur, se rassurer
« Mon ami Zouzou a renversé le lait. » Le souhait déguisé : il voudrait que ce soit vrai Garder ton amour malgré la bêtise
« J'ai déjà rangé ! » (alors que non) Le mensonge : il cache volontairement Éviter une conséquence

Le point commun : les trois demandent un cerveau qui invente un monde qui n'existe pas. C'est pour ça qu'ils apparaissent au même âge.

L'imaginaire n'est pas un problème, c'est un muscle

Les amis imaginaires inquiètent beaucoup de parents. La recherche dit l'inverse. La psychologue Marjorie Taylor, de l'Université de l'Oregon, a suivi des enfants de 3 à 7 ans : 65 % d'entre eux avaient eu un compagnon imaginaire à un moment ou un autre. Et tous faisaient très bien la différence entre le jeu et la réalité.

Selon ses travaux, les enfants qui ont un ami imaginaire ont tendance à être moins timides, plus attentifs et plus empathiques. Certains inventent même un ami qui a peur du noir : en le consolant, ils apprivoisent leur propre peur.

Le premier mensonge, une étape du développement

Le chercheur Kang Lee, de l'Université de Toronto, étudie le mensonge des enfants depuis des décennies. Ses chiffres surprennent : environ 30 % des enfants de 2 ans mentent déjà, la moitié à 3 ans, autour de 80 % à 4 ans, et presque tous entre 5 et 7 ans.

Pour mentir, un enfant doit comprendre que l'autre ne sait pas ce que lui sait (c'est la « théorie de l'esprit »), et retenir la vérité qui veut sortir (c'est le contrôle de soi). Les tout-petits qui mentent tôt ont justement de meilleures capacités de contrôle de soi. Le premier mensonge n'est donc pas le signe d'un mauvais enfant : c'est le signe d'un cerveau qui grandit.

Ce qui compte, c'est ce qu'on en fait.

Ce qui rend un enfant honnête (et ce qui le rend menteur)

Une étude marquante a été menée dans un même quartier d'un pays d'Afrique de l'Ouest, auprès d'enfants de 3 et 4 ans fréquentant deux écoles différentes. Dans la première, les châtiments corporels étaient quotidiens. Dans la seconde, on utilisait la réprimande et le temps de pause. Résultat : 94 % des enfants de l'école punitive ont menti pour cacher une petite bêtise, contre 55 % dans l'autre. Et ils mentaient beaucoup mieux. La peur n'avait pas rendu les enfants honnêtes : elle les avait rendus habiles à cacher.

Une autre expérience, menée par Victoria Talwar (Université McGill) auprès de plus de 370 enfants de 4 à 8 ans, a testé ce que dit l'adulte. Quand on promettait « tu auras des problèmes », la grande majorité mentait. Quand l'adulte rassurait (« je ne serai pas fâchée ») et ajoutait « ça me fera plaisir si tu dis la vérité », seulement 35 % mentaient.

Le message Mounas : l'honnêteté pousse là où dire la vérité est sans danger.

Entre les cultures : où passe la frontière ?

  • En Chine et au Canada : Kang Lee a comparé des enfants de Hangzhou et de Fredericton, de 7 à 11 ans. Tous condamnaient le mensonge qui cache une bêtise. Mais face à un enfant qui cache une bonne action par modestie, les enfants chinois jugeaient ce « mensonge » de plus en plus positivement en grandissant. Chez eux, l'humilité compte plus que l'exactitude. Ce que l'on appelle « mentir » dépend donc aussi de ce que la famille valorise.
  • Dans les traditions de conte afro-caribéennes : en Haïti, le conteur lance « Krik ? » et l'assemblée répond « Krak ! ». Cette formule signale qu'on entre dans l'imaginaire. La frontière entre réel et inventé n'est pas cachée : elle est annoncée, ritualisée, partagée. C'est exactement ce dont un enfant a besoin.
  • Dans beaucoup de familles nord-américaines et européennes : les amis imaginaires ont longtemps été vus comme un signe de solitude ou de fragilité. La recherche a changé ce regard depuis les années 1990, mais l'inquiétude reste fréquente chez les parents.

Que faire, concrètement ?

  1. Nommer le cadre, sans juger. « C'est une histoire vraie ou une histoire inventée ? » Les deux sont permises, il faut juste savoir laquelle on raconte.
  2. Créer un rituel d'entrée dans l'imaginaire. Un « Krik ? Krak ! » à vous, une phrase magique, un tapis à histoires. Là, tout est permis.
  3. Ne pas tendre de piège. Si tu sais qu'il a renversé le lait, ne demande pas « qui a fait ça ? ». Dis : « Je vois que le lait est renversé. On nettoie ensemble ? »
  4. Rendre la vérité rentable. « Merci de me l'avoir dit. Ça me fait plaisir quand tu me dis la vérité. » Puis on répare, sans humiliation.
  5. Féliciter l'effort, jamais l'étiquette. Une étude de l'équipe de Kang Lee a montré que dire à des enfants qu'ils ont la réputation d'être intelligents les pousse davantage à tricher. On dit « tu as essayé », pas « tu es intelligent ».
  6. Accueillir l'ami imaginaire. On peut lui mettre une assiette, lui demander son avis. Il dit souvent ce que l'enfant n'ose pas dire.

Et chez toi ?

Ton enfant a-t-il eu un ami imaginaire ? Comment s'appelait-il ? Dans ta famille ou ta culture, y a-t-il une formule pour commencer un conte ? Raconte-nous sur WhatsApp.

Sources